Mon cadenas ne veut plus se verrouiller. Je dois serrer fort des doigts pour le fermer. Tout à l'heure, dans le vestiaire de la piscine, je me suis mise à penser au Pont des arts, tel que je l'ai revu le mois dernier.
Ce n'était plus seulement quelques cadenas comme en 2010: le grillage était complètement envahi. On aurait dit ces murs de la Ronde couverts de gommes à mâcher. On ne voyait plus aussi bien l'eau au travers, les bateaux. En face du Louvre, voisin du Pont-neuf, mon pont préféré m'avait soudainement paru vulgaire, déplacé.
Ce n'était plus seulement quelques cadenas comme en 2010: le grillage était complètement envahi. On aurait dit ces murs de la Ronde couverts de gommes à mâcher. On ne voyait plus aussi bien l'eau au travers, les bateaux. En face du Louvre, voisin du Pont-neuf, mon pont préféré m'avait soudainement paru vulgaire, déplacé.
Je me souviens avoir pensé que c'était peut-être mieux ainsi, que ça faisait peut-être moins mal si ce n'était pas aussi beau qu'avant, s'il y avait une différence. Je me suis dit aussi heureusement que nous n'en avons pas mis un, lors de notre promenade sur les bords de la Seine, sinon ce serait vraiment pathétique de revenir ici: peut-être aurais-je cherché à le retrouver parmi la masse. Certains inscrivent des initiales, d'autres mettent des rubans. Je me suis demandé si beaucoup prennent la peine de revenir enlever le cadenas lorsque l'amoureux quitte, meurt, si beaucoup viennent vérifier qu'il est en bon état, qu'il ne rouille pas trop, que ça tient bon.
Lors de mon dernier passage sur le pont, avant de reprendre l'avion, j'ai bien regardé toute cette quincaillerie et j'ai décidé que c'était fini, entre le Pont des arts et moi. Fini la beauté. Fini la magie. Fini les pour toujours, les rêves de petites filles. Je me suis éloignée résolument. Mais j'ai tourné la tête avant de traverser une rue, et là j'ai vu le Pont des arts de loin, sous le soleil, scintillant comme une immense guirlande argentée. C'était à nouveau Noël 2005, c'était le pont sous la neige poudreuse illuminée par les feux des bateaux, le coup de foudre initial.
De près, les cadenas me privaient de l'image élégante du pont des amoureux, de notre pont du printemps 2010. De loin, ces milliers de petits objets de métal secoués par le vent me rendaient ce lieu que j'avais découvert seule, aimer seule, des années plus tôt, un soir d'hiver.
Lors de mon dernier passage sur le pont, avant de reprendre l'avion, j'ai bien regardé toute cette quincaillerie et j'ai décidé que c'était fini, entre le Pont des arts et moi. Fini la beauté. Fini la magie. Fini les pour toujours, les rêves de petites filles. Je me suis éloignée résolument. Mais j'ai tourné la tête avant de traverser une rue, et là j'ai vu le Pont des arts de loin, sous le soleil, scintillant comme une immense guirlande argentée. C'était à nouveau Noël 2005, c'était le pont sous la neige poudreuse illuminée par les feux des bateaux, le coup de foudre initial.
De près, les cadenas me privaient de l'image élégante du pont des amoureux, de notre pont du printemps 2010. De loin, ces milliers de petits objets de métal secoués par le vent me rendaient ce lieu que j'avais découvert seule, aimer seule, des années plus tôt, un soir d'hiver.
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