Tant de sujets me sont passés sous le nez ces dernières semaines
absorbée que je suis dans le dernier chapitre
Je me souviens que je voulais écrire un texte
sur la décoration intérieure
sur mon impuissance
devant les grands murs blancs de mon appartement
devant mes meubles beiges, mes rideaux bruns
Je voulais décrire en détail les autres appartements que j'ai habités
mes idées de génie, mes tentatives désespérées
ces grosses lumières de Noël suspendues par du duck tape
qui ont laissé des traînées de colle et des brûlures
ces collages de photos, ces montages de boîtes colorées
ces voiles sur les lampes qui ont aussi brûlés
ce salon maroquin abandonné après un coussin
Certes, il y a le problème de l'argent, nous n'en avons pas
pour la peinture, pour les tableaux, les accessoires
Mais quand bien même j'aurais de l'argent...
Je me souviens de ce contrat qui m'était échu
de décorer un bar en prévision d'une soirée de St-Valentin
j'avais un budget, des adresses, des assistants, ça n'a pas aidé
tous les cupidons sur deux colonnes
Je me souviens aussi de ce cadeau qui m'avait été offert,
la possibilité de repeindre sans frais
l'immense pièce double de mon nouvel appart
je me souviens de mon illumination
la moitié des murs rose, l'autre moitié mauve, des meubles jaunes
je me souviens que dans ma tête, c'était joli
Je pense à cette sensation de bien-être qui m'habite
quand j'entre dans un lieu décoré avec soin
à ce mélange d'harmonie et d'audace
que je retrouve systématiquement chez Francine
dans tous les endroits qu'elle a habités
même dans son bureau, à son lieu de travail
Je pense aux pièces décorées par Lise-Anne,
à cette magie des accessoires
à ces chambres magnifiques
ces maisons rivalisant d'originalité
Je pense à mes amis qui en quelques heures
et avec un budget dérisoire font apparaître tout un univers
pour un anniversaire ou une soirée thématique
Je pense que je n'ai jamais réussi à décorer une seule pièce
pas à ma satisfaction, entière ou partielle,
pas une fois dans ma vie
Je n'ai jamais su faire en sorte qu'un lieu me ressemble
(plutôt: qu'un lieu ressemble à l'image que je me fais de ma personne)
Et je me demande ce que cela dit de mon rapport à l'espace
au lieu que j'habite et qui n'est pas la page, le texte.
***
qu'il m'avait échu ? qu'il m'était échu ? qu'il m'avait été échu ?
ai consulté trois grammaires et ne suis toujours pas fixée
qu'en pensez-vous ?
Migration
Il y a 13 ans
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